"La vie est un voyage! Avec ou sans bagages, seul ou à plusieurs, aventurier ou pas, nous sommes tous des voyageurs du temps!"

Caractère

Version bis et revue de « Histoire d’X: Rupture »

 

Si y a bien une chose de sûr dans la vie, c’est qu’on est toujours l’ex de quelqu’un !

Et pas plus tard que maintenant j’prends la décision de me séparer de ce vaurien.

Parce que plus j’y pense et plus j’me rends à l’évidence, on a atteint les limites lui et moi… Faut qu’on crève l’abcès tant que le divorce peut encore se faire à l’amiable, avant qu’on  ne se déchire, avant qu’il ne soit trop tard !

Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer !

Allez chiche, vas-y ma cocotte, prend ton courage à deux mains !

Je sais que tu peux l’faire, il est temps de mettre un point final à cette histoire qui ne vaut rien !

Faut dire que j’le supporte plus ce foutu caractère.

C’est pas tant ses mimiques et ses petits travers…, mais ce fichu caractère, c’est clair  j’vais m’le faire.

Maudit caractère ! Bienvenue dans mon calvaire, il me fait vivre l’enfer

Véritable champion de la procrastination, il repousse tellement l’action au lendemain, voir au sur-sur lendemain, ben qu’au final y s’passe rien… Wallouh, nada, que dalle !

Et puis les « j’le fais, j’le fais pas », « j’y vais, j’y vais pas », les « j’sais pas »… ben oui parce qu’en plus il est indécis le bougre !

Facile de se cacher derrière l’indécision pour ne pas avoir à prendre de décisions.

Et ce manque de confiance en lui… non mais n’importe quoi, faut arrêter!

Toujours entrain d’analyser les réactions des autres, de scruter leurs avis, de chercher dans leurs regards des réponses introuvables.

Et ce manque d’estime de soi dégoulinant de mélancolie… Parlons-en… Tragédie de la vie…

Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer

Satané caractère ! J’peux plus le blairer ! Il lui manque cruellement de courage, de volonté. Motivé à tout, ça oui, mais par dessus tout, prêt à rien !

Surtout ne pas prendre de risques ! Et puis quoi encore !

C’est qu’il faudrait pas le brusquer ce pauvre petit… Calimero introverti !

Non, ne rien tenter c’est mieux, ça évite l’échec, la frustration ! Pas de danger ! Pourquoi s’aventurer vers l’inconnu alors que vivre dans sa bulle c’est garanti sans naufrage !

Manquerait plus qu’il se noie tiens ! Mais préfère pas se mouiller cet empoté,  cet handicapé des relations, des situations, des discussions…

Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer

Insipide caractère, j’peux plus l’encadré! … ce renfermé, ce lâche… Oui, c’est un lâche, voilà c’qu’il est !

J’le vois bien des fois, quand il a envie de s’exprimer, se taire et baisser les yeux, au cas où on pourrait lui demander son opinion… alors plutôt que vivre ridicule, il préfère mourir muet.

J’sais pas ce qui me retiens des fois de lui mettre mon poing dans la gueule, histoire de l’bousculer un peu, de l’arracher de sa mélasse pseudo dramatique, ce trouillard, cet immonde froussard, invivable, imbuvable…  .

Ce peureux craintif dégonflé, victime de lui-même, ce misérable clown triste, parasite de l’espèce humaine, m’a lessivé, m’a pompé mon énergie vitale, ma personnalité.

Sa voix, silencieuse, sa raison, prisonnière de ses œillères, incapable de se battre, de se relever, d’avancer.

Je le méprise ce coincé, cet ignoble traître. Oui, un traître, il n’existe pas meilleur mot pour le décrire ! Mais maintenant c’est fini, terminé, basta ! J’vais lui dire tchao à ce pantin !

Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! j’vais me libérer

J’vais changer !

Alors en ce jour solennel, je suis au regret de t’annoncer cher moi, cher caractère, que je prends la décision non négociable de te quitter !

Oui, je rompt, je demande le divorce !

Terminé de me martyriser !

Terminé de m’éviter !

Je décide aujourd’hui de faire la paix. Je stoppe les batailles, les luttes, les conflits intérieurs, je m’arrache de ces sables mouvants dans lesquels je m’étais engluée, réfugiée.

Ça prendra peut-être un peu de temps, mais mon choix est fait.

L’avenir, mon avenir, m’appartient à partir de maintenant au présent hors des murs de ma propre prison.

13 octobre, 2013 à 0:36 | Commentaires (1) | Permalien


Histoire d’X : Rupture

Histoire d'X : Rupture dans Histoire d'X karl-schmidt-rottluff-jeune-femme-au-miroir-250x300

Les trombes d’eau avaient fini de s’écraser sur la faïence. On entendait encore quelques gouttes se faufiler discrètement dans le siphon de la douche. X essora rapidement sa chevelure, frotta ses pieds sur le tapis de bain, et attrapa de quoi se sécher tout en marmonnant:

« - Si y a bien une chose de sûr dans la vie, c’est qu’on est toujours l’ex de quelqu’un ! Et pas plus tard que maintenant j’prends la décision de me séparer de ce quelque un. Oui, ça y est, c’est décidé! Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer ! Allez chiche, vas-y ma cocotte, prend ton courage à deux mains ! Je sais que tu peux l’faire, il est temps ! Bon ça va pas être facile, mais ça sera bénéfique, tu verras ! ».

Plantée dans sa salle de bain, serviette en éponge bon marché nouée autour de ses hanches, X se parlait à voix haute, s’agitant dans tous les sens, ouvrant tiroirs, placards, réunissant tous les accessoires dont elle avait besoin pour se préparer.

« - Faut dire que j’le supporte plus ce foutu caractère. C’est pas tant ses mimics et ses petits travers…, mais ce fichu caractère, c’est clair j’vais m’le faire. Ce champion de la procrastination, qui repousse tellement l’action au lendemain, voir au sur-sur lendemain, ben qu’au final y s’passe rien… Wallouh, nada, que dalle !  et puis les « j’le fais, j’le fais pas », « j’y vais, j’y vais pas », les « j’sais pas »… ben oui parce qu’en plus il est indécis le bougre ! Et ce manque de confiance en lui… non mais n’importe quoi, faut arrêter! Toujours entrain d’analyser les réactions des autres, de scruter leurs avis, de chercher dans leurs regards des réponses introuvables. Et ce manque d’estime en soi dégoulinant de mélancolie… Parlons-en… Tragédie de la vie… Pauvre petit Caliméro ! Plus j’y pense et plus j’me rends à l’évidence, on a atteint les limites lui et moi… Faut qu’on crève l’abcès tant que le divorce peut encore se faire à l’amiable, avant qu’on se déchire définitivement, avant qu’il ne soit trop tard !

Oui, ça y est, c’est décidé ! Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer »

X arrêta son remue ménage un instant et se tue. Elle en profita pour enfiler ses vêtements avec une certaine nonchalance, puis se brossa les cheveux. Son regard cherchait à s’éviter, en haut à gauche, en bas à droite, mais jamais en face à face. A vrai dire croiser son reflet dans la glace, ça n’avait jamais été sa tasse de thé. D’ailleurs elle détestait les salles de bain, ces pièces humides toujours revêtues de surfaces polies offrant à l’esprit le luxe de se mirer et le loisir se lorgner. L’apparence, pensait X, cette sorte de sésame indispensable, était devenu une véritable icône de reconnaissance dans la société moderne. Cette réflexion la replongea aussitôt dans son monologue. Il était accompagné d’un enchaînement de gestes tous aussi insignifiants les uns que les autres, mais cela lui permettait de fustiger librement tout en continuant d’éviter son image.

« - Satané caractère ! J’peux plus le blairer ! Il lui manque cruellement de courage, de volonté. Motivé à tout, ça oui, mais par dessus tout, prêt à rien ! Surtout ne pas prendre de risques ! Et puis quoi encore ! C’est qu’il faudrait pas le brusquer le pauvre petit… Non, ne rien tenter c’est mieux, ça évite l’échec, la frustration ! Pas de danger ! Pourquoi s’aventurer vers l’inconnu alors que vivre dans sa bulle c’est garanti sans naufrage ! Manquerait plus qu’il se noie tiens ! Mais préfère pas se mouiller cet empoté, cet handicapé des relations, des situations, des discussions… Insipide caractère, j’peux plus l’encadré! Invivable, imbuvable…  

Oui, ça y est, c’est décidé ! Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! J’vais m’libérer » se dit-elle en tapant du poing sur l’évier. Elle paraissait alors être entrée en transe. Les mots rebondissaient autour d’elle sur les murs encore ruisselant de vapeur d’eau et raisonnaient en fanfare dans sa tête.

« - Maudit caractère ! Bienvenue dans mon calvaire, il me fait vivre l’enfer… Cet introverti, ce renfermé, ce lâche… Oui, c’est un lâche, voilà c’qu’il est ! J’le vois bien des fois, quand il a envie de s’exprimer, se taire et baisser les yeux, au cas où on pourrait lui demander son opinion… alors plutôt que vivre ridicule, il préfère mourir muet. J’sais pas ce qui me retiens des fois de lui mettre mon poing dans le nez, histoire de l’bousculer un peu, de l’arracher de sa mélasse pseudo dramaturgique, ce trouillard, cet immonde froussard. J’m'en veux d’avoir tellement attendu, d’avoir pris tant de temps à réagir, laissant faire les choses sans m’y opposer. Ce peureux craintif dégonflé, victime de lui-même, ce misérable clown triste, parasite de l’espèce humaine, m’a lessivé, m’a pompé mon énergie vitale, ma personnalité. Sa voix, silencieuse, sa raison, prisonnière de ses œillères, incapable de se battre, de se relever, d’avancer. Je le méprise ce coincé, cet ignoble traître. Oui, un traître, il n’existe pas meilleur mot mieux pour le décrire ! Mais maintenant c’est fini, terminé, basta ! J’vais lui dire tchao à ce pantin !  

Oui, ça y est, c’est décidé ! Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! j’vais me libérer »

X leva les yeux au ciel et fixa le plafond blanchâtre quelques secondes. Elle inspira de toute ses forces, jusqu’à ce que ses poumons lui donnèrent la sensation d’être au bord de l’implosion. Un ange passa par là lorsqu’elle reteint cette bouffée d’oxygène. Puis, relâchant, déversant, dégueulant tout ce mal qui la rongeait depuis si longtemps, elle se regarda enfin. Elle serra ses points, se toisait, s’observait.

« - Oui, ça y est, c’est décidé ! Ouai, j’vais l’faire ! J’vais rompre ! j’vais me libérer » répéta-t-elle deux trois fois, quand un léger frottement sur la porte vint la distraire.

« - X ? Tout va bien? Tu fais quoi? T’es prête ? On doit y aller, on va être en retard ! Dépêches-toi, je t’attends en bas! »

« - Oui, oui mon chéri, j’suis prête ! J’arrive tout de suite ! »

X n’avait pas quitter son regard du coin de l’œil. Elle tendit son bras droit vers la glace, mimant une poignée de main, se fit un sourire, en murmurant:

« - Oui, c’est décider, j’vais changer, j’vais m’libérer ! En ce jour solennel, je suis au regret de t’annoncer cher moi, cher caractère, que je prends la décision non négociable de te quitter ! Oui, je rompt, je demande le divorce ! Terminé de me martyriser ! Terminé de s’éviter ! Je décide aujourd’hui de faire la paix. Je stoppe les batailles, les luttes, les conflits intérieurs, je m’arrache de ces sables mouvants dans lesquels je m’étais engluée, réfugiée. Ça prendra peut-être un peu de temps, mais mon choix est fait, l’avenir, mon avenir, appartient à partir de maintenant au présent! »

Note de l’auteur : 

Je dédicace ce texte à toutes les personnes ayant vécu ou vivant un enfer avec elles-mêmes, aux spasmophiles et à la formidable force de l’imagination du cerveau humain, aux timides, aux introvertis qui boivent, aux extravertis qui se taisent, à tous ceux qui sont trop dur avec eux-mêmes, à ceux qui n’ont pas confiance, aux clowns tristes et tous ceux qui s’y reconnaîtront.

10 mai, 2013 à 0:51 | Commentaires (0) | Permalien